Ça fait plusieurs fois que je tombe sur des articles qui promettent le chômage d’ici 10 ans pour tous les développeurs informatiques. Au début j’ai pensé que c’était des grosses conneries. Et puis j’ai commencé à me renseigner de façon sérieuse. Il faut qu’on parle.
Bientôt au chômage ?
À l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes en octobre 2019. Et en ce moment ton métier de développeur c’est l’orgie. Mais si, je t’en ai déjà parlé dans un autre article. Alors oui tu dois te bouger un peu le cul pour rester à jour, mais côté recrutement t’es au club med. Doigt de pied en éventail, grand soleil, ciel bleu, petit cocktail, tu es le roi du pétrole dans un marché qui t’est ultra favorable. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Et l’hiver approche.

Je vois de plus en plus de signes inquiétants. En fait la première fois que je suis tombé sur un article qui parlait de ça c’était en 2017. Évidemment, et de façon instantanée, tout le monde a craché à l’unissons sur l’auteur. Au bûcher hérétique ! Et puis peu de temps après c’était au tour du Figaro de dire qu’on allait tous crever. On serait même les premières victimes apparemment. Y’a à peu près trois mille articles anglophones qui disent la même chose. Plus le temps passe, plus des avancées techniques sont faites, plus ces avancées donnent raison à ces articles. Bon, du calme, explorons tous les arguments de notre fin annoncée.
Le low code et le no code
Alors le premier argument est simple. De plus en plus de plateformes low-code et no-code font leur apparition. Concrètement ce sont des plateformes où via des interfaces et du drag & drop tu peux construire une application. Ce qui veut dire que très peu de code serait nécessaire dans le cas du low-code. Et zéro code serait nécessaire dans le cas du no-code. Dans le futur ces plateformes deviendraient la norme absolue pour toutes les applications (même les plus complexes). Et toi mon dev avec ton code tu pourras aller jouer avec ton caca. Le drag & drop y’a que ça de vrai.

Bon alors ce premier argument, je te le dis comme je le pense, c’est de la merde en barre. Déjà ces fameuses plateformes qui tueraient les développeurs sont développées, mises à jour, maintenues et utilisées par des développeurs. Donc ça me fait doucement rire (on y reviendra). Mais surtout le rêve drag & drop pour créer absolument tout est une illusion. En tant que développeur tu le sais autant que moi que notre vraie valeur ajoutée c’est l’ajout de la feature métier. On affine le comportement du code pour arriver exactement à ce que veut le client. Un produit unique, qui fait quelque chose de bien spécifique, d’une façon bien spécifique.
Un drag & drop ne fait pas de détail. Peu importe le nombre de config que tu lui donnes. C’est pas moi avec mon égo démesuré qui ai décidé que ces plateformes c’est de la merde parce que ça m’arrange. Non, les développeurs qui ont touché à ces trucs sont formels. Le bordel est ingérable. Principalement pour cette affaire de valeur ajoutée dont je te parlais. Mais aussi pour plein d’autres raisons infernales. Il y a la difficulté pour faire des choses simples, les performances ou tout simplement la fiabilité. Attention je ne doute pas que ces plateformes vont être utiles et vont générer un maximum d’argent. Mais elles ne vont pas tuer ta profession de développeur. Non, c’est pas des drag & drop qui vont t’enterrer vivant. Il va falloir quelque chose de plus malin que ça.
L’intelligence artificielle
Je vais pas te faire l’affront de t’expliquer ce qu’est l’intelligence artificielle. À mon avis, c’est bon, t’es au courant. Par contre si tu veux savoir concrètement comment ça marche je t’en ai déjà parlé. Et l’intelligence artificielle est un excellent candidat pour devenir notre bourreau à tous. Le scénario de l’enfer c’est que l’IA devienne si sophistiquée qu’on atteigne la fameuse singularité technologique. C’est à dire le moment où l’IA, que tu auras probablement nourri, te dira que maintenant tu peux arrêter. Aller range ton clavier homme des cavernes, c’est elle qui va coder.
Pour énormément de monde la question n’est pas de savoir si mais plutôt quand l’intelligence artificielle va égaler l’homme. Mon côté rationnel me pousse à croire qu’on est encore si loin de tout ça. Mais en ce qui concerne une IA simplement capable de coder un logiciel, ça me semble pas si lointain que ça. Déjà aujourd’hui DeepCoder de Microsoft en est un avant goût. Il y a aussi DeepMind de Google qui évoluerait de façon exponentielle selon Elon Musk. Et de toute façon si un jour on arrive au point où l’IA égale l’homme, c’est chaud pour tout le monde. Pas seulement pour les développeurs, tout le monde. C’est tournée générale de chômage si l’IA arrive à ce niveau là.

Mais voilà si tu as lu mon article sur l’IA tu sais que pour le moment il ne s’agit que d’un outil. Cet outil apprend à faire des choses, mais il n’a aucune créativité, intuition ou conscience de ce qu’il fait. Pour rendre cet outil plus intelligent, et donc plus dangereux, on a besoin d’une puissance de calcul toujours plus grande. Le problème c’est que nos processeurs arrivent à une limite physique et ne peuvent plus suivre la fameuse loi de Moore. Et du coup je pensais qu’on était peinard mais alors PEINARD pour au moins 50 ans. Malheureusement je suis tombé sur une nouvelle qui m’a fait tout remettre en question.
L’informatique quantique
Oui on va parler de physique quantique sur ce blog on est trop dans le futur. La physique quantique c’est le monde de l’infiniment petit. La limite physique de nos PC actuels concerne la miniaturisation des processeurs. On s’approche de la taille d’un atome, on atteint donc les limites de la physique traditionnelle. C’est devenu trop petit et un mur technologique se dresse devant nous. C’est là que l’informatique quantique intervient. Les premiers ordinateurs quantiques ont fait discrètement leur apparition. Ils ne ressemblent à rien, mais ils vont révolutionner le monde.

Je vais pas te faire un cours sur l’informatique quantique. Ça va être trop long et surtout j’ai pas tout compris mon cerveau à buggé. Par contre le concept principal est simple à comprendre. Tu le sais déjà, nos PC actuels utilisent des bits pour traiter l’information et faire ces calculs. Ces bits sont représentés soit par un 0 soit par un 1. L’informatique quantique utilise des Qubit. Ces Qubits via superposition quantique peuvent prendre en même temps la valeur 0 ou 1. Cette mécanique, combinée à d’autres, permettrait une puissance de calcul PHÉNOMÉNAL. C’est exactement ce dont aurait besoin l’IA pour devenir inquiétante. Tiens, écoute la dame, elle sait de quoi elle parle elle.
Tout ça c’est bien joli mais tout ça c’est de la théorie. Car en vrai ça marche pas. C’est trop complexe et une vraie utilisation de ce type de puissance n’a pas encore été mise au point par les scientifiques. Enfin ça, c’était avant.
Skynet
Car oui le problème c’est qu’on arrête pas le progrès. En septembre 2019 ce papier est publié par la NASA. Apparemment Google et la NASA ont joué ensemble et ont fait copain/copain. Ils annoncent calmement qu’ils ont atteint la suprématie quantique. Un calcul qui aurait pris 10 000 ans avec la plus grande puissance de calcul existante aurait pris 3 minutes et 20 secondes avec leur ordinateur quantique.
OK ! Donc, les mecs qui ont la meilleure intelligence artificielle du monde et qui la font évoluer de façon exponentielle viennent en plus d’atteindre la suprématie quantique. Quand j’ai appris ça je te dis franchement j’ai bloqué pendant quelques secondes. Je me suis dit que l’IA venait de s’asseoir à ma table, et elle commençait à taper dans ma bouffe sans demander.

D’ailleurs c’est cette nouvelle en particulier qui m’a poussé à t’écrire cet article. L’informatique quantique est capable de rendre l’intelligence artificielle inquiétante dans les décennies qui viennent pour nous autres développeurs. Alors oui le fameux calcul de 3 min serait un calcul bidon prédéfini. Mais c’est quand même une avancée folle. Ils y arriveront très bientôt. La fenêtre de temps qu’on a devant nous vient de se réduire. Avec une puissance pareille, une IA capable de coder des bouts de logiciels pourrait arriver vite. Dans 30 ans ?
Attention je suis obligé de nuancer, car je vois arrivé les camions de trolls avec leurs fourches. Non je ne pense pas qu’une IA pourrait égaler l’homme en si peu de temps. Intuition, créativité, conscience je ne vois pas une machine faire tout ça, même dans 50 ans. Mais produire des bouts de logiciels oui. Nous produisons majoritairement de la logique pure. Une machine y’a pas plus logique. Et je pense que tous ceux qui sont persuadés dur comme fer qu’une IA ne pourra pas programmer un logiciel dans ce laps de temps sous-estiment grandement la vitesse du progrès. Tout ne fait que s’accélérer, toujours plus vite. Ce qui est sûr c’est que durant cette période il va se passer plein de transformation dans notre métier.
Vers une transformation
D’abord, revenons sur les plateformes low-code. Comme je te le disais, ces plateformes ne vont pas détruire le métier des développeurs. Par contre à mon avis elles ont le potentiel de les transformer si elles grossissent énormément en popularité. Concrètement elle pourrait créer deux types de développeurs. Des développeurs haut-niveau qui utiliseraient des briques logiciel toutes faites. Et des développeurs de bas niveau qui développeraient les briques logiciels intégrés dans ces plateformes. Ça fait pas rêver mais c’est un scénario très possible.
Ensuite, l’IA ne va pas du jour au lendemain devenir autonome. Ça va pendre du temps. Et ma prédiction c’est que pendant ce laps de temps tu vas d’abord l’utiliser comme un outil. Puis comme un véritable assistant. Concrètement tu lui poseras un problème bien spécifique et bien scopé et l’IA te proposera les solutions les plus optimales. Tu jugeras cette solution bonne ou pas avec le luxe de pouvoir en plus modifier le code de cette solution. Ça te fera gagner un temps fou et surtout tu pourras te concentrer sur les problèmes que l’IA n’arrivera toujours pas à résoudre. Comme pour les médecins aujourd’hui. Ça sera ton esclave personnel quoi.

Enfin j’ai du mal à voir la survie des spécialisations dans le métier dans le futur. Je pense qu’on ne verra plus de backend/frontend/devops et autres. Au fur et à mesure, les demandes vont se ressembler de plus en plus et au fur et à mesure le besoin va faire la même chose. Nous ramenant donc à un développeur unique type fullstack qui fera un peu de tout, mais pas avec le niveau de détails que chaque spécialisation a aujourd’hui.
On s’était dit rendez-vous dans 10 ans
Et si j’avais tort ? Si ça se trouve d’ici dix ans tu seras sur du PHP 18 et de l’ECMAscript 22 à faire du web 4.0 et c’est tout. Rien n’aura vraiment bougé à part évidemment des centaines de nouveaux frameworks. Je suis obligé de dire que c’est possible, mais ça me semble peu probable. Et si au contraire j’étais pas assez alarmiste ? Et si tu étais le chauffeur de taxi de demain ? Et si tu attendais que les voitures autonomes te remplace ? En dix ans il peut se passer énormément de choses.
En tous cas les développeurs ne seront pas épargnés par les futures révolutions. Je pense même qu’ils seront les plus concernés. Une seule chose nous permettra de le savoir : le temps. Je pense que dans une bonne dizaine d’années on sera beaucoup plus fixé sur notre cas et sur ce que les révolutions d’aujourd’hui vont apporter.
Épilogue
Allez je suis un peu timide, mais je me lance. Je te donne rendez-vous dans 10 ans. Même jour, même heure, même blog. Si jesuisundev est toujours là, si je suis pas mort, et toi non plus. Je te donne rendez-vous le 15 octobre 2029 à 6h pétante. On rigolera ensemble en lisant mes conneries qui datent de 2019. Et surtout on verra ensemble à quel point ton métier a changé.
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