Comment je domine la procrastination

Comment je domine la procrastination

Au cours des 17 dernières années, j’ai passé 2806 heures et 30 minutes à jouer à ma sélection de 112 jeux vidéo sur Steam. Tu peux doubler ce chiffre avec les jeux en dehors de Steam. Tu peux encore rajouter une éternité de plus si on parle de YouTube et de Netflix. Le pouvoir de la procrastination sur nos vies est gigantesque. Décisif. Permanent. Cette force invisible décide de ce que tu fais actuellement. Elle a décidé de ce que tu as fait avant. Elle décidera de ce que tu feras après. Ceux qui en prennent le contrôle -même un petit peu- font partie d’un infime pourcentage.



On verra bien

En tout début de carrière, j’avais une motivation redoutable.

L’excitation de faire mes armes et de devenir totalement autonome. L’équivalent d’une injection d’adrénaline pure dans la gorge tous les matins. Je me suis acharné sur cet objectif comme un pitbull sur une veille.

Et plus rapidement que je l’imaginais, je suis devenu autonome.

Peu n’importe la demande qui arrivait, j’étais capable de la traiter seul. Enfin. J’avais réussi à faire ce qui me semblait si complexe quelques années avant. Du coup, je me suis dit que j’avais bien mérité une belle pause dans mon apprentissage.

C’est à cette période que la procrastination a commencé son contrôle total sur ma vie. D’abord de façon insidieuse, puis frontalement. J’avais un mantra qui dominait tout le reste.

On verra bien.





On commence à se connaitre. Tu te doutes de la suite de l’histoire.

Dans l’épisode précédent, je t’expliquais comment j’ai passé plusieurs années au même endroit. Coincé, à faire la même chose. Paralysé par la peur. Et puis pouf, la seconde d’après j’ai renverser toute cette situation.

Y’a un grand trou dans cette histoire.

Je t’ai pas raconté comment je suis devenu un maitre absolu en procrastination ?



Roguelike

Dans l’esprit d’un maître en procrastination, le temps ne passe pas à la même vitesse. Le problème c’est que quand tu es développeur, ça se voit très vite quand tu ne fais rien. On est tellement suivi avec des systèmes comme JIRA et le reste que c’est très dur de cacher ce problème.

Je t’emmène dans une de mes journées typiques de l’époque.




9h.

J’ai une tache en particulier à faire. Ça va. Je sais à peu près comment faire. Et puis, j’ai toute la journée devant moi. J’ouvre Visual Studio Code. Ça me donne l’impression de faire quelque chose.

9h30.

Bon, j’ai mon café, on a bien rigolé avec les collègues, on peut vraiment commencer maintenant. Attends, j’ai des notifs Skype. Qui me parle ?

10h.

Je pull et je checkout sur une nouvelle branche le projet à modifier. J’aime bien lancer les tests avant de commencer pour être sûr que tout fonctionne. En attendant, je vais juste regarder -vraiment cinq minutes- ce qui se passe sur Twitter et Facebook.





11h.

Ha merde. Déjà 11h ? En plus je dois aller dans une réunion obligatoire qui devrait être un mail. Promis, je m’y mets après la pause.

14h.

Hé, mais putain, en regardant de plus près la tache, c’est pas si simple que ça. Je crois même que j’ai une dépendance. Je vais en discuter avec un collègue.

15h.

Allez, cette fois je m’y mets vraiment. C’est vraiment super compliqué. Va falloir que je charbonne. Je ne suis vraiment pas sûr de finir à temps.

16h.

On me demande où en est la petite tache de ce matin. C’est le moment où la procrastination fait place au stress. Je ne réponds pas et j’accélère.

18h.

Bon, j’arrête. De toute façon, tout le monde est déjà parti. On verra bien demain. C’est pas aujourd’hui que je vais briller avec ma productivité.




Et le lendemain, je faisais la même, avec quelques nuances. Comme un roguelike en difficulté extrême. Je repartais à zéro à chaque fois.

Procrastiner autant -même sur une courte durée- c’est compliqué à gérer. Sur une longue durée, c’est carrément dangereux. Pour ma carrière, mais aussi et surtout pour ma vie de façon générale.

Car oui, si je fais ça au boulot, tu peux juste imaginer comment je gérais mon temps en dehors.

Je m’enfonçais à vue d’oeil dans les sables mouvants de ma flemme. Il fallait que je réagisse avant que ça soit trop tard. Mon niveau, ma productivité et ma confiance en moi fondaient aussi vite que les glaciers.

Je sentais cette menace extrême pesée sur moi de plus en plus violemment.





La solution ultime

J’aurais pu changer le titre de cet article par : La solution ULTIME contre la procrastination (GARANTI) ! J’aurais fait 5 fois plus de clics, minimum. Mais c’est un énorme mensonge ce titre.

La procrastination nous concerne tous de manière différentes et pour des raisons différentes.

La première fois que j’ai cherché des solutions sur ce sujet, je suis tombé que sur des solutions uniques. On cherche des solutions uniques pour des gens différents. On est persuadé que comme on a le meme problème, ça sera réglé par la même solution.

Mais c’est faux.

Quand j’essayais d’appliquer bêtement ce que je trouvais sans comprendre le fond, ma situation empirait.





On va pas faire ça.

On va faire un truc plus honnête.

Je vais te parler de ma solution. Cette solution annihile instantanément ma procrastination. Ensuite, je vais te donner des pistes pour trouver ta solution.

Et pour faire ça, on va procéder comme devant un bug dans le code.

Quand j’ai un bug, je commence par vraiment comprendre mon problème. Sinon, toutes les solutions que je trouve ne font aucun sens à mes yeux. Et notre problème du jour est plus grave qu’il en a l’air.



La gravité

Chaque jour, une gigantesque bataille se déroule en toi. Au fur et à mesure de ta vie, elles forment la guerre qui déterminera à quel point tu atteindras tes objectifs. Si tu as cliqué sur cet article, je pars du principe que tu veux gagner cette guerre.

Mais comment gagner une guerre sans connaître son ennemi ?

L’ennemi s’appelle la résistance. Une force invisible qui a toujours été là. Qui sera toujours là. Une force qui a pour seul objectif de t’empêcher de faire ce que tu veux faire. L’obstacle à toute création de valeur. Qu’elle soit professionnelle, entrepreneuriale, artistique. Tout ce que tu pourrais imaginer.

La résistance nous concerne tous, sans exception.





Les modèles mentaux et les métaphores sont les clefs d’une compréhension claire et durable pour n’importe quel concept. La meilleure métaphore pour comprendre la résistance est la suivante.

La résistance c’est comme la gravité.

Une force de la nature immuable à laquelle nous sommes tous esclaves. Elle nous maintient tous fermement au sol. Implacable. Éternelle. Impersonnelle. Impersonnelle, car la gravité ne sait pas qui tu es. La gravité s’en fout de qui tu es. Encore plus d’où tu veux aller.

La gravité veut juste t’empêcher de t’élever.

Exactement -en tout point- comme la résistance qui veut juste t’empêcher de créer. Elle le fait de plein de façon différente. L’une des plus connues est la procrastination.

La procrastination est juste un symptôme de la résistance. Pour traiter les symptômes, il faut comprendre et traiter la maladie. Sans ça, tout ce que tu fais ne sert à rien.

Comment j’ai soigné ma procrastination ? J’ai d’abord compris ses origines et son fonctionnement. J’ai fait cette partie avec ma recommandation du jour.

The war of art

Ce petit bouquin a complétement changé la trajectoire de ma vie. Il m’a couté 10 balles. Moins que mon sandwich à midi. Il est entièrement responsable d’où j’en suis aujourd’hui.

Il est la raison des 160 articles publiés sur ce blog. Il est la raison des formations en tournage. Du livre en écriture. De la chaine YouTube. De mon salaire de luxe pour faire le job dont je rêvais gamin et des marathons que je cours en solo.





Il est le point de départ de ma soudaine motivation et redoutable productivité. Le point de départ pour toute personne qui veut faire un peu plus. Il faut commencer par comprendre avant d’essayer des solutions.

Je pourrais facilement te parler de toutes les petites astuces comme le font la plupart des créateurs de contenus.

Mais te donner toutes les astuces pour bouger, si tu ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas bouger, ça ne sert à rien. Tu vas t’arrêter au bout d’un mètre. Tu auras perdu ton temps comme avec chaque contenu que tu as vu avant.

Moi ce qui m’intéresse c’est régler durablement ton problème, pas te faire rêver.

Maintenant qu’on est clair là-dessus, je vais te parler de ce qui a marché pour moi. Tu pourras t’en inspirer pour trouver ce qui marchera pour toi. Ça sera seulement efficace si tu fais les choses dans l’ordre.



Mon placebo

Il est précisément 8H31 au moment où j’écris ces lignes. J’écris le matin. Ma famille dort. J’ai du temps devant moi. Parfois j’écris des articles. Parfois une formation. Je peux tourner une vidéo, coder et/ou m’autoformer.

Bref, comme tous les matins, je fais quelque chose.

Mais quand je me suis réveillé à 7h ce matin j’avais PAS envie de faire quelque chose.

Comme TOUS LES MATINS j’étais pas motivé. Je le répète, comme la gravité, la résistance ne disparait jamais. Elle te suit toujours de très près. À tout jamais.





Comme tous les matins, je me suis assis aux bords du lit. Comme tous les matins, une petite voix dans ma tête commence à me parler. Comme tous les matins, la résistance me fait passer son épreuve.

« Tu as assez bossé comme ça, reposes toi un peu ce matin. Tu penses vraiment que ce blog est une bonne utilisation de ton temps ? Ça fait un an t’es vraiment dessus et tu gagnes des miettes, ça ne sert à rien Mehdi. Tu ferais plus de vues sur YouTube, ça ne sert à rien ce que tu fais. Rendors-toi on va réfléchir à une stratégie. T’es pas fatigué ? »

C’est à ce moment précis que la plupart des gens se rendorment. C’est à ce moment précis que je prends mon placebo.

Je me dis que je vais écrire pendant 10 min. J’écris deux paragraphes et je joue à Borderlands 3 derrière. Juste 10 min. Franchement, c’est quoi 10 min ? J’ai bien 10 min non ? Après je joue à mon jeu ça va être fun !

Le momentum des 10 mins m’a poussé à en faire plus et 1h30 plus tard j’ai écris la moitié de cet article.

Des fois ça ne marche pas. Des fois, je bosse vraiment 10 minutes. Et puis j’arrête, ça me saoule.

La solution miracle qui marche toujours n’existe pas quand on parle de procrastination. Je sais que ça vend mieux de dire le contraire, mais c’est pas la vérité. La nuance c’est que je suis convaincu que ca peut marcher. C’est pour ça que j’appelle ça un placebo.

Je tends un piège à mon cerveau. L’action crée ma motivation. Pas le contraire.

J’utilise ce placebo également et surtout dans mon travail de développeur. Avant de faire quoique ce soit, je passe 10 minutes sur ma tache en cours. Je piège mon cerveau et je suis partie pour au moins 30 minutes de code intense.

Ce petit shift mental à multiplier par 10 ce que je produisais. Je te laisse imaginer les conséquences sur mon évolution et ma carrière.

Et donc la question évidente maintenant c’est comment trouver ton placebo ?



Ton placebo

La réponse est simple : try and catch.

Je t’ai dit que j’allais pas te faire une liste d’astures anti procrastination. Je t’en fais pas une car internet pullule déjà de ca. Il suffit d’aller piocher dedans.

Si tu tapes « liste conseils procrastination » sur Google ou YouTube tu vas avoir 1 millions de résultats. Mon conseil est de survoler tout ça et de faire ta liste de choses à essayer. Ce qui t’inspire vraiment. Il faut vraiment que ça vienne de gens très différents.

Quelqu’un, quelque part utilise un placebo compatible avec qui tu es.





Et puis il suffit de les essayer les uns après les autres.

Quand tu vas vouloir les essayer, le mur de la résistance va se présenter devant toi. Et si tu as pas appris tous ces concepts, tu ne le passeras pas. Et tout ce temps investi à régler ton problème aura été vain.

Je pense vraiment que c’est là que la plupart des gens échouent dans leur croisade contre la procrastination.

Je te conseille de commencer par tester mon placebo.

Donne toi 10 min la prochaine fois que t’as la flemme. Je veux dire, si tu es arrivé jusqu’ici dans cette lecture, c’est qu’on doit un peu se ressembler. Peut être qu’on est un peu fait pareil coté placebo.



Épilogue

L’étape d’après c’est de créer des habitudes de productivité autour des placebos. Les habitudes sont centrales dans ma productivité. Et pour le coup -les habitudes- c’est vraiment pour tout le monde. Crois moi, on va en parler. C’est un énorme sujet qui mérite un article dédié. Un de ces matins, je prendrai du temps pour t’écrire ça. Juste 10 minutes.