Pour plus de développeuses, il faut qu’on en parle. Toi aussi, durant toutes tes études d’informatique, t’as vu aucune développeuse. À cette époque je me posais vraiment la question si cette situation concernait que mes formations. Autour de moi aujourd’hui, les choses n’ont pas changé des masses.
À l’origine, les femmes
Tu as déjà entendu ces chiffres. Je vais en rajouter une couche. Selon les sources, les développeuses représentent entre 12% et 15% de la force de frappe du développement. Avec des chiffres pareils, y’a forcément une bonne raison pas vrai ? Absolument pas. C’est juste débile ce qui s’est passé depuis le milieu des années 80. Pour plus de développeuses, il faut déjà comprendre comment on en est arrivé là. Petit retour en arrière.

Je te rassure, je vais pas te faire toute l’histoire de l’informatique. Par contre il faut savoir que les femmes font partie des pionnières de ce domaine.
Tu as Ada Lovelace qui a bossé sur le premier programme informatique de l’histoire. Hedy Lamar à l’origine du bluetooth et du WiFi. Radia Perlman surnommée la mère de l’internet pour l’invention du STP. Ou encore Margaret Hamilton qui code le logiciel de navigation des missions Apollo.
Tu vois où je veux en venir. Dès l’origine du métier, les femmes rigolent zéro. Elles sont présentes et très innovantes.
Jusqu’au milieu des années 80, les femmes s’intéressent à l’informatique. Malgré les stéréotypes déjà présents, elles sont nombreuses à faire des études dans le domaine. Et tout d’un coup, la parité s’est pétée la gueule format géant.
Pourquoi si peu de développeuses ?
Nous sommes en 1983 et l’informatique est le deuxième secteur comportant le plus de femmes diplômées avec 20,3%. 20 ans plus tard, ce pourcentage est divisé par deux. Et les raisons à cet incroyable virage de l’enfer à 180 degrés sont nombreuses.

Déjà, ce qui intéressant de comprendre c’est qu’en fait, le nombre de femmes qui s’engage dans l’informatique ne descend pas. Il reste constant. C’est le nombre d’hommes qui explose en informatique et qui vient diluer la parité.
Ensuite, si le nombre d’hommes explose c’est lié à l’idée qui s’installe que les métiers ont un sexe. Les femmes seraient davantage faites pour les métiers liés à la santé et le social. Les hommes seraient faits pour les filières scientifiques et techniques.
Et ces stéréotypes ont commencé à taper comme des sauvages sur la tête de tout le monde. Et ça depuis cette époque, jusqu’à aujourd’hui.
Les femmes, comme tout le monde, sont influencées par ces stéréotypes qui sont partout. Elles finissent par se conformer aux « normes » dictées par leur société. Et c’est ainsi que beaucoup d’entre elles ont commencé à poser un regard dubitatif sur ce métier.

Enfin, cette situation est aggravée par l’image « geek » du métier. Je veux dire, va dans la rue et demande à un random Jean-Jean qui passe ce qu’il imagine dans sa tête quand tu dis informatique. Dans l’incroyable majorité des cas, il va te dire exactement la même chose. Un homme, bien geek, avec une bonne dégaine d’asocial. Dans ces conditions, difficile de se projeter. Heureusement, on est 2020 et les choses bougent.
Développeuse en 2020
Pour plus de développeuses, j’ai envie de donner envie à toute future développeuse qui tomberait par hasard ici. Alors, pour le moment, je t’ai parlé que de la partie infernale. Donc ça marche pas mon affaire. Mais y’a vraiment des trucs cools.
Et même si les chiffres pour le moment stagnent, les mentalités elles évoluent.
Ça a déjà commencé depuis un moment et les efforts commencés dans le passé payent aujourd’hui. Beaucoup de choses sont mises en oeuvre pour défaire les stéréotypes du passé. Tout est fait pour attirer l’attention des femmes.

Pour plus de développeuses, on voit apparaître régulièrement des messages dans ce sens. Des collectifs se forment pour les femmes dans le numérique.
Au fur et à mesure du temps j’ai vu le mot développeuse apparaître.
D’abord sur les offres d’emploi et petit à petit partout dans ton internet. C’est con, mais le seul fait de voir ce mot écrit partout change pas mal de choses. Ça rappelle que malgré ton quotidien avec ton équipe remplie à 100% d’hommes, les développeuses font bien partie de ce métier.
Tout le monde commence à se bouger le cul sur le sujet. D’abord les entreprises, qui font tout pour attirer les femmes. On en parlera plus tard, mais les entreprises ont compris que plus de diversité amenait de meilleurs résultats. Et les femmes sont leur première cible.
Ensuite, les écoles du numérique, et toutes les formations, hurlent pour plus de développeuses. En sortie, les développeuses qui font ces formations multiplient les témoignages.
Et ça marche ! Avec autant de choix pour devenir développeuses, les femmes sautent le pas. Je vois de plus en plus d’exemples de femme qui tentent l’aventure. Si on veut un jour une parité moins dégueulasse, il faut qu’on encourage toujours celles qui osent se lancer. Go Nina !
Bon après, je te parle de tout ça comme si les développeuses c’était nouveau. C’est pas nouveau. C’est juste qu’on commence à en parler pour de vrai. Tiens d’ailleurs posons la question à une développeuse chevronnée qui connaît parfaitement le sujet.
Bonjour Aurélie ! Si tu voulais convaincre une femme de se lancer dans la tech, tu lui dirait quoi ?
Je me présente, je m’appelle Aurélie, je suis développeuse depuis presque 15 ans. Anciennement Développeuse Java J2EE (JEE), puis Ops, développeuse Web, Full-Stack, Lead et depuis plus de 2 ans Cloud Developer et DevOps sur des projets de véhicules connectés et autonomes.
Et durant mon temps libre, qui n’est plus si libre que cela ^^, je suis l’une des leaders de Duchesse France, une association qui promeut les femmes développeurs et les femmes travaillant dans l’informatique, et fortement impliquée dans l’initiative de coaching #AdoptADuchess, qui aide les développeur(se)s débutants et en reconversion.
Commençons par le commencement :
contrairement à ce que l’on pense, ce qu’on peut lire, voir à la télévision :
- Travailler dans la tech ne signifie pas passer 10 heures par jour en tapotant sur son clavier et en regardant ses écrans.
- Travailler dans la tech n’est pas réservé aux hommes, blancs, à lunettes, qui mangent des pizzas et boivent de la bière.
- Travailler dans la tech n’est pas réservé aux geeks, aux fanas des dernières technologies.
- Travailler dans la tech n’est pas réservé aux accros du baby foot, du ping pong et des nerfs.
- Travailler dans la tech n’est pas réservé aux ninja, rockstar, guru, diva …
La liste ci-dessus n’est que la partie visible de l’iceberg, de ce que l’on croit savoir sur les métiers techniques de l’IT, sur les préjugés et les stéréotypes, malheureusement ils ont encore bon dos et il est temps d’arrêter de les croire.
Une fois que l’on oublie ces fausses vérités, on peut passer aux choses sérieuses et entrer dans le vif du sujet.
Travailler dans la tech, c’est en vérité :
- La possibilité de travailler en remote / en télé-travail
- Apprendre tous les jours
- Faire des erreurs et surtout apprendre de ses erreurs
- Travailler en équipe
- Communiquer
- Une étendue de métiers passionnants, divers et variés (du design, à l’ergonomie, en passant par le développement d’applications et l’administration de bases de données). Il y en a pour tous les goûts et pour tous les profils.
Lorsque l’on pense à la technique ou au numérique on pense d’emblée aux personnes qui parlent un langage bizarre avec des 0 et des 1, que l’on appelle les “codeurs” ou les “programmeurs” et de l’autre il y a ceux qui réparent ou montent des ordinateurs et qui vous installe les drivers de votre imprimante.
Tiens, encore un stéréotype ;).
En vérité, il y a énormément de métiers dans la tech / dans le numérique, un éventail énorme de possibilités de carrière et des nouveaux métiers sont créés chaque année en fonction des nouveaux usages.
Pour en citer quelques uns, il y a les métiers liés à l’UI, au design, à l’UX, à l’ergonomie, centrés sur l’utilisateurs, les métiers liés à l’agilité, aux serveurs, physiques ou virtuels, au Cloud, aux conteneurs, aux bases de données, à la Data, aux applications desktop, mobiles, aux développement de sites internet …
Concentrons-nous sur le métier de Développeur(se), et oui c’est le mien donc je me sens plus légitime pour en parler ;-).
Contrairement à ce que l’on peut penser et imaginer, on ne travaille jamais à 100% seul devant son écran, on travaille en équipe, on communique énormément que ce soit à l’oral, ou bien en visio ainsi qu’à l’écrit. La communication, le confrontement d’idées, les échanges, l’entraide, font partie du quotidien du développeur.
Etre développeur, et développeuse, signifie que chaque journée peut être différente. Vous pouvez travaillez sur l’architecture d’un projet, puis déboguer une fonctionnalité afin de trouver ou se situe l’erreur et éventuellement la résoudre, communiquez avec vos collègues, faire du pair-programming, démontrer la nouvelle version de votre produit, “jouer” avec la nouvelle technologie de conteneur à la mode afin d’essayer d’éprouver le concept et éventuellement l’utiliser dans vos futurs développement … Il y à tant de choses à faire et à découvrir.
Lorsque l’on est développeur on n’est jamais seul. Il existe des réseaux d’entraide, des sites internet comme stackoverflow, openclassroom (anciennement siteduzero ^^). Vous pouvez vous former également grâce à des MOOCs, des formations gratuites et payantes avec certification à la clé …
Donc voilà, chaque journée est différente, on ne s’ennuie jamais, on apprend tous les jours, on est payé à faire des erreurs et surtout à apprendre de ses erreurs, on est en général bien payé … et … soyons honnêtes, les développeuses sont actuellement chouchoutées dans les entreprises et auprès des recruteurs ! 🙂
Un avantage qui peut être également important est qu’un développeur peut plus facilement faire du remote (du télétravail) et peut travailler avec des horaires flexibles. Le remote se démocratise de plus en plus et peut être très pratique.
Le métier du développement ne consiste pas à taper des centaines de lignes de code, mais c’est un métier créatif, qui demande de la logique et de la persévérance.
S’il y a une autre chose à savoir c’est que j’adore également partager mes connaissances, compétences et retours d’expérience, et avec les communautés bienveillantes existantes, c’est possible et accessible. Je ne connais pas un autre secteur de métier qui permet d’assister à des conférences organisées par des bénévoles, avec des speakers/orateurs bénévoles également et qui prennent de leur temps et énergie pour transmettre et partager aux autres, tout simplement. Grâce à cela on peut se former en continue et développer son réseau.
Pour finir, je vous dirais que je suis consciente de la chance que j’ai de faire un métier que j’aime, qui me passionne, qui fait que je ne peux jamais m’ennuyer, qui me challenge tous les jours. Le métier de développeur permet de passer du statut d’utilisateur à celui d’acteur. Alors, le numérique / l’informatique / travailler dans la tech, et pourquoi pas toi ? 🙂
Tu peux retrouver Aurélie sur son twitter ou son site personnel. Merci beaucoup Aurélie d’avoir pris le temps de répondre à ma question !
Par les développeuses, pour les développeuses
Pour plus de développeuses, les femmes s’organisent. Ces 10 dernières années, quelque chose qui n’existait pas avant s’est mis à apparaître de partout. Duchess, Women who code, Girls In tech, Ladies of code et les trois milles autres dont j’oublie de te parler.
Ces organisations font énormément pour faire bouger les choses encore plus vite. À travers conventions, meetup, talks et formations, elles mettent en avant les développeuses et leurs compétences.

Dans un domaine dominé par les hommes, il y a souvent une seule femme dans la pièce. Dans ces conditions, un sentiment de non-appartenance apparaît. Alors, évidement pas toujours hein, mais fréquemment c’est le cas.
Et ces organisations font quelque chose d’aussi simple qu’extraordinaire. Elles réunissent énormément de développeuses au même endroit.
Le fait de voir que d’autres personnes vivent exactement la même situation que soi est incroyablement libérateur. Et comme dans l’histoire de Francisca Schlesinger, ça crée carrément des vocations.
Je vais être tout à fait honnête avec toi, à part ce que je viens de te raconter, je ne connais que très mal ces organisations. J’ai jamais participé à l’un de leurs meetup. Du coup je me suis posé la question de ce qu’elles apportent de plus aux développeuses. J’ai donc décidé de poser la question à une personne qui sait tout sur l’organisation Duchess France.
Bonjour Agnès ! Qu’apporte l’association Duchess France au jeunes développeuses qui se lancent dans ce métier ?
Pour faire connaître nos métiers et partager notre passion, nous sommes également présentes sur des forums, ils nous arrivent d’intervenir dans des collèges et lycées. On organise également nous même des événements (Workshops techniques, Conférences). Aurélie a déjà mentionné le super programme sur lequel elle est fortement impliquée, l’initiative de coaching #AdoptADuchess, qui aide les développeur(se)s débutants ou en reconversion.
Enfin nous croyons que des rôles modèles sont indispensables pour inspirer, motiver et aider d’autres femmes – qu’elles soient étudiantes ou en reconversion – à se projeter dans ces domaines techniques de l’informatique. Dans ce but, nous publions des portraits de femmes qui parlent de leur métier, leur passion pour le code et la technique.
Tu peux retrouver Agnès sur son twitter et son site personnel. Merci beaucoup Agnès d’avoir pris le temps de répondre à ma question !
Bon maintenant qu’on a fait un peu le tour de tout ce qu’il y avait de positif pour les développeuses, il est temps d’aborder un sujet moins fun.
T’es forte pour une fille
Dans un domaine autant masculin, très fréquemment, on a vite une ambiance vestiaire de sport. Le sexisme est évidemment une réalité dans le monde du développement. Il y a tellement d’exemples et de témoignages que ça serait juste ridicule de dire le contraire.
En tant qu’homme qui travaille presque exclusivement avec d’autres hommes, je ne me rendais pas bien compte de tout ça. Et, il ya quelques années, un petit événement en particulier m’a ouvert les yeux sur ce sujet.
Nous sommes en 2015, je suis à un meetup dev sur Lyon. Y’a plein de monde, dont quelques filles, ce qui est super rare. Évidemment, je m’incruste dans une discussion avec l’une d’entre elles et un autre développeur. On discute de tout et de rien, puis on aborde un sujet très technique sur une technologie récente.
Il se trouve qu’elle venait justement de boucler un projet avec cette technologie et qu’elle avait réponse à tout. Et là, sorti de l’espace, le développeur en question lui dit “Ha ouais ! T’es forte pour une fille !”.

Le pire dans cette histoire c’est que lui, ça se voyait à sa gueule qu’il ne voulait pas être sexiste. Il était vraiment impressionné. Il était tellement pas habitué à voir une femme dans son domaine qu’il a dit ça naturellement. Comme un super compliment quoi !
Mais c’est évidemment super sexiste. Le résultat d’une façon de voir les femmes dans ce métier. Et c’est surtout incroyablement violent à entendre.
Ce sujet m’a encore plus surpris quand j’ai commencé à poster sur ce blog. J’ai déjà reçu des mails d’insultes dans le passé m’expliquant que je faisais le jeu des féministes avec l’écriture inclusive. Ouais, t’as bien compris, parce que je mets “développeur(euse)” dans le titre. Y’a des gens comme ça. Et je te parle même pas des remarques sur Reddit et Twitter.
Maintenant que j’ai lourdement insisté là-dessus, je suis obligé de faire l’avocat du diable. Partout où je suis passé, j’ai trouvé les hommes super accueillants auprès des femmes. Oui le sexisme est une réalité, Internet c’est l’enfer et y’a des gens qui sont maladroits. Mais partout où je suis passé, c’était extrêmement bienveillant.
Ce que je veux dire c’est que le sexisme n’est pas une règle absolue dans le développement.
Je pense même que la majorité des organisations sont loin de tout ça. Je suis peut être naif, mais j’ai quand même l’impression que l’écrasante majorité des personnes dans la tech veulent plus de développeuses.
Mais bon voilà, je suis un homme qui parle des femmes. Je vais me faire atomiser par les Internets. Certains vont parler de bien-pensance féministe et d’autre de mansplaining de machos qui devrait même pas aborder le sujet. Tant mieux. J’assume. Si ça peut faire parler un peu plus sur le sujet, ça me va.
On a besoin de développeuses
On a besoin de plus de développeuses pour la même raison qu’on a besoin de plus de diversité de façon générale. La diversité, ça veut dire plus de créativité, d’ouverture d’esprit et de solutions innovantes. Si t’es dans une boite remplie de clones, tu vas faire la même chose toujours de la même façon.
Par contre, si tout le monde est différent, les avis vont se confronter et de meilleures idées vont émerger. Un avis et une façon de voir les choses féminines va tout changer dans un contexte fortement masculin.

On a besoin de plus de développeuses, car la pénurie de ce domaine est folle. Une arrivée massive des femmes pourrait aider à combler la demande. Les hommes ne sont pas plus logiques que les femmes. Et vice-versa. Absolument rien ne prédétermine les hommes à dominer ce domaine.
Alors, en effet on ne peut pas améliorer les choses en forçant les embauches de femmes. Le seul critère valable pour embaucher quelqu’un doit être ses compétences. Par contre on améliora les choses en injectant naturellement plus de développeuses dans le marché. Plus on en parlera, plus on verra de femmes s’y intéresser, et plus elles s’intégreront à ce marché.
On a besoin de plus de développeuses, car les IA deviennent littéralement sexistes. Les algorithmes reproduisent les stéréotypes de notre société. Et tout ceci arrive, car ce sont toujours les mêmes personnes qui sont derrière ces algorithmes. Les données biaisées que bouffent ces systèmes ont un impact sur les offres d’emploi ou les formations proposées aux femmes sur internet. Il est temps que les femmes aient leur mot à dire sur ces données avant que la situation s’aggrave.
Épilogue
J’ai la chance infinie d’avoir un peu de trafic sur ce petit blog. Alors pour plus de développeuses dans le métier, il fallait que je t’en parle. Je pense que plus on en parle, plus c’est possible d’améliorer les choses. Ça serait vraiment bien d’avoir une parité moins immonde. Et si on ne fait pas tout pour la promouvoir, on l’aura jamais.
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