Quand j’étais petit, je voulais faire des jeux vidéos. Un jour, je suis allé voir ma mère pour lui annoncer la nouvelle. Elle m’a tout de suite répondu que quand on veut on peut. Le genre de phrase que t’oublies très vite quand tu grandis. 15 ans plus tard, je faisais tout sauf des jeux vidéos. Je faisais en boucle -encore et encore- la même API en PHP. Je pensais que faire des jeux vidéos était inatteignable. Je pensais que faire quoique ce soit d’autre que cette API était inatteignables. J’étais devenu un développeur enfermé dans une prison imaginaire. Enfermé dans mes pensées limitantes. Comme la majorité des développeurs.
Limité
Le temps passe à une vitesse folle quand tu fais tout le temps la même chose. C’est terrifiant. Et ça s’accélère de façon exponentielle.
La première fois qu’on m’a appris la programmation dans un cadre scolaire, on me l’a fait apprendre sur papier. Ce n’était pas vrai un langage. La prof appelait ça du « pseudo-code ». De l’algorithmie.
Je trouvais ça absurde.

Je suis là pour apprendre un métier où je vais passer 99% de mon temps à parler un langage de programmation sur un écran. Pourquoi on ne m’apprend pas ça ? Pourquoi on me fait bosser sur papier ? Ça me saoulait profondément. Tout ce que je voulais c’était entrer dans le vif du sujet.
À ce moment-là, je ne me rendais pas compte à quel point j’étais déjà dans le vif du sujet.
Ça ressemblait juste pas à quoi j’imaginais.

Quelques années plus tard, je commençais mon premier travail. Tu sais à quel point j’avais une obsession maladive avec PHP. Je n’ai jamais expliqué exactement pourquoi cette obsession.
Ça n’avait rien à voir avec cette technologie. Rien à voir avec sa facilité d’utilisation, sa souplesse ou sa communauté. J’avais beau répéter ça -encore et encore- à tout le monde, ce n’était pas la vraie raison.
C’était à cause d’une autre raison bien particulière.
Une raison qui me rendait fou.
La définition de la folie
Est-ce que je t’ai déjà donné la définition du mot folie ?

La folie, c’est refaire sans arrêt -encore et encore- exactement la même chose, en espérant que les choses évoluent. Voilà ce qu’est la folie.
La première fois qu’on m’a dit ça, j’ai pensé que c’était des conneries.
Je suis passé à autre chose.
Et puis, j’ai commencé à analyser ce que je faisais. J’ai commencé à me rendre compte de la boucle infinie dans laquelle j’étais. Pendant des années, j’ai perdu mon temps en faisant les mêmes choses. Des plus futiles aux plus importantes.
Je lançais les tests sans changer le code et je me plaignais que ça ne marchait pas. Je faisais la même API et je me plaignais de ne rien apprendre. Je restais dans la même entreprise -qui refusait les augmentations- et je me plaignais de ne rien gagner.
Je ne faisais rien pour faire des jeux vidéos et je me plaignais de toujours ne pas faire de jeux vidéo.
Et puis j’ai commencé à le voir partout où je regardais. Partout où je regardais des devs dans la même boucle infinie. Des devs, qui malgré d’excellentes compétences, s’autosabotaient tragiquement tous les jours.
J’ai vu des développeurs volontairement s’enfermer dans un domaine ou un langage malgré leur volonté de faire autre chose. J’ai vu des devs accepter des salaires ridicules malgré leur niveau plus qu’excellent. J’ai vu des devs se faire exploiter jusqu’au burnout et continuer à rester au même endroit. J’ai vu des devs refuser des propositions d’emplois, car il leur manquait une technologie.
Et comment me moquer d’eux alors que je faisais exactement la même chose ?
La prison imaginaire
On fait l’un des métiers les plus recherchés, les mieux payés et avec le plus de liberté. On a des connaissances qui nous permettent d’aller partout. De tout faire.
Pourtant on reste enfermés dans une prison imaginaire.
Pourquoi j’ai passé autant de temps au même endroit alors que je voulais autre chose ? Pourquoi autant de dev font exactement comme moi ? La réponse est simple.
On est persuadé que c’est trop dur de faire autre chose ou tout simplement d’évoluer.
Et c’est ça le plus grand piège dans lequel les développeurs tombent. On passe notre temps à entendre que tout est très complexe et très difficile dans ce métier. Que ça soit pour y entrer ou évoluer à l’intérieur.
Du coup, paralysé par la peur de ne pas être à la hauteur, tu restes attaché.

Et c’est le pire piège, car il conditionne tout ce que tu vas faire.
Rien a foutre de ton age, d’où tu viens, de ce que tu fais ou d’où tu veux aller. Si dans ta tête tu es persuadé que tu es limité, tu seras limité. Tu es conditionné par tes pensées limitantes.
C’est un piège qui peut détruire entièrement ta carrière si t’es pas vigilant.
Et il y a plein de raisons à l’existence de ce piège. La plus importante est le flot incessant de discours élitiste, qu’ils viennent de tes collègues ou des créateurs de contenus. Et j’en ai vraiment plein le cul d’entendre toujours les mêmes connards essayer de nous convaincre que tout est impossible.
Moi j’ai de bonnes nouvelles pour toi.
Tu es un dev
Tu n’es pas limité. Tu n’es pas limité par un langage, par un domaine d’expertise ou par une entreprise. Ne laisse personne te faire croire le contraire.
Surtout pas toi-même.
Tu veux changer de spécialité ? Devenir nomade freelance ? Travailler pour Google ? Ou tout simplement changer de taf ? Oui c’est possible si tu y mets les moyens.
J’aimerais t’éviter des années de souffrances et de stagnation inutiles. Tu es un dev. Tu n’es pas un dev Javascript, React, Python, Java ou ce que tu veux. Tu es encore moins ton entreprise.
Tu es un dev.
Tu es un résolveur de problème. Ton outil c’est le code. Ta méthode c’est une suite logique d’opérations et d’instructions. Tu sais, les algorithmes dont je te parlais au début. Si tu maitrises cette logique, tu maitrises tout.
Le reste c’est un mur de syntaxe et de règles spécifiques que tu apprends sur le tas.
Une fois que tu as compris et vraiment intégré ça, tout d’un coup beaucoup de portes s’ouvrent. Des croyances qui sont devenues aussi solides que des murs commencent à se fissurer. Et derrière ces murs, tu te rends compte que tu peux tout faire.
Il est temps de prendre le contrôle de ta carrière.

- Je ne serai jamais bon dans plusieurs langages et/ou technologies
Tu as obtenu une sorte d’expertise dans ton premier langage après pas mal de temps et beaucoup de galères. Tu es donc persuadé que faire un switch sera aussi long que dangereux. Ça semble logique.
C’est faux.
Ce qu’il faut comprendre c’est que la vitesse d’apprentissage et de maitrise d’un langage ou d’une technologie est exponentielle à ton expérience. Avec un peu d’expériences, tu comprends beaucoup plus vite les choses. Apprendre son second langage est incroyablement plus rapide que le premier.
Le problème ce n’est pas de le faire, mais juste de se lancer.
- Il y a trop de choses à apprendre
Apprendre c’est comme le sport. Plus tu apprends, plus ça devient facile et rapide d’apprendre. Le problème c’est que le contraire est encore plus vrai.
C’est pareil pour tout le monde, sans exception.
De plus, c’est inutile et surtout impossible de tout apprendre. Il faut identifier à l’avance ce dont tu as besoin et s’entrainer régulièrement à son l’apprentissage. Tout devient très vite moins impressionnant quand tu fais les choses intelligemment et sur le temps.
Avec les bonnes habitudes, la bonne technique -et un peu de temps- n’importe quel développeur peut tout changer dans ce qu’il fait tous les jours.
Le problème ce n’est pas de le faire, mais juste de se lancer.
- Je suis incapable de sortir de ma zone de confort
Le but ce n’est pas vraiment de sortir de sa zone de confort. Le but c’est de l’élargir. Tu fais le même métier, c’est juste le contexte qui est différent.
Ceux qui s’en croient incapables se comparent trop.
Ils se comparent aux autres, et à ce qu’ils étaient avant. Je ne veux pas rentrer dans de la philo, mais je pense qu’il y’a une discussion à avoir avec soi-même quand ce ressenti va trop loin. N’oublie pas que ton syndrome de l’imposteur est un formidable outil.

Non seulement tu peux l’élargir cette zone de confort, mais tu vas découvrir que tu es capable de bien plus.
Le problème ce n’est pas de le faire, mais juste de se lancer.
- Je ne peux gagner plus d’argent avec ce que je fais
La valeur de ce que tu fais est subjective à l’entreprise qui t’emploie. Dans ce marché du travail -avec plusieurs années d’expérience-, tu es en position de force. Du coup, les questions à se poser sont différentes.
La question c’est pas : est-ce que je devrais gagner plus ? La question c’est : pourquoi cette entreprise ne me paye pas plus ? J’en parlais déjà dans l’article sur l’argent.
Je suis très fréquemment abasourdi par la différence de salaire entre deux devs qui font exactement la même chose.
Comment expliquer ces différences ? En une phrase : la fortune sourit aux audacieux. Ceux qui n’hésitent pas à prendre des risques quand ils estiment qu’ils méritent plus sortent clairement du lot.
Le problème ce n’est pas de le faire, mais juste de se lancer.
- C’est dur et ça prend du temps
Oui.
J’ai jamais dit que c’était facile et rapide. J’ai dit que c’était possible.
Le problème ce n’est pas de le faire, mais juste de se lancer.
Bref, je pourrais continuer longtemps comme ça. Tu vois où je veux en venir. Il va falloir faire un saut dans l’inconnu tôt ou tard si tu veux prendre le contrôle.

Si tu arrives à faire ce changement d’état d’esprit, ça va impacter ta carrière, mais aussi plus globalement ta vie. Je le sais, je l’ai vécu. Et je me souviens très bien du jour où je me suis lancé.
Je suis un dev
Après un grand nombre d’années bloqué, j’étais épuisé. Épuisé de ma stagnation malgré mon travail et mes sacrifices. J’ai fini par comprendre que la solution devait venir de moi.
J’ai commencé à utiliser des technologies inconnues de façon journalière. Je me suis immédiatement rendu compte que ce n’était pas si compliqué que ça. Progressivement, avec du temps et de la pratique, ma zone de confort s’est agrandie.
À tel point que je me suis rendu compte que je pouvais m’attaquer à n’importe quel sujet. C’était possible de faire apparaitre quelque chose à l’écran assez rapidement. Et sans une seule ligne de ma technologie de confort.
Je suis un dev. Pas un dev limité par un contexte.
C’est alors que j’ai fait le plus grand saut dans l’inconnu de ma vie. J’ai vendu tout ce que j’avais dans mon appartement. J’ai pris un avion-aller simple et je suis parti au Canada.
Aucun filet.

J’avais tellement confiance en mes capacités que je n’avais aucun plan. Pas de boulot, pas d’appartement, personne chez qui aller et seulement quelques milliers d’euros sur un compte.
J’avais une seule chose.
La conviction que j’allais réussir grâce aux connaissances que j’avais accumulées en travaillant un peu tous les jours.
La semaine de mon arrivée, j’ai envoyé deux CVs. La semaine d’après j’étais engagé dans un géant du jeu vidéo. Instantanément, je doublais mon salaire net. Et ça, en travaillant en dehors de ma zone de confort.
Ma zone de confort ? J’ai vite oublié. En quelques semaines j’étais opérationnel. En quelques mois complètement au niveau. En moins d’un an, je dominais tous les compartiments de mon boulot.

Mais ça ne me suffisait pas.
Je ne travaillais toujours pas sur un jeu vidéo. Je travaillais sur des outils internes à ce géant du jeu vidéo. Ce n’était pas ça mon boulot de rêve de gamin.
J’ai donc continué à bosser et à apprendre de nouvelles choses. Chaque jour, un petit peu, mes petites habitudes. J’utilisait un système trés spéciale que je continuais à améliorer tous les jours. Parfois quelques minutes, parfois plusieurs heures. C’est énorme sur un mois. Imagine sur un an.
J’ai amené de plus en plus de valeur.
J’ai monté les niveaux internes. Je n’ai pas hésité à faire plusieurs équipes. J’ai appris les outils DevOps, le Python, le C++. J’ai construit des choses et j’ai amené des résultats.
Aujourd’hui, je travaille directement sur un jeu vidéo.
Entre temps, mon salaire a encore augmenté. Fortement. Plusieurs fois. En faisant mon boulot de rêve de gamin. Cette situation me semblait tout bonnement impossible il y a quelques années.
J’aurais rien pu faire si je n’étais pas sortie de ma prison imaginaire.
J’ai aucune recommandation pour toi aujourd’hui. Aucun bouquin ou aucune ressource que je connais ne va t’aider à sortir de ta prison personnelle. Y’a que toi qui peux décider d’en sortir.
Épilogue
Quand j’étais petit, je voulais faire des jeux vidéos. Un jour, j’ai appelé ma mère pour lui annoncer que je faisais des jeux vidéos. Si je peux arriver à mes objectifs, n’importe qui peut le faire. Il suffit de bosser régulièrement avec le bon système.

